Mot du mois : Autonomie / Indépendance

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Ce papier est destiné à préciser les notions d’indépendance et d’autonomie; au-delà d’une définition de ces termes, il évoque les enjeux politiques, sociaux, économiques et artistiques que couvrent des deux concepts.

« Précisons d’abord le sens que nous leur donnons. Selon les contextes, le terme “indépendance“ change de sens. En politique, pour un Etat, elle évoque la souveraineté. Sur le plan économique, tout partenariat étant un lien, elle devient pluri-dépendance vis-à-vis des différentes sources. Au sein d’un système, la notion n’a pas de sens, les acteurs sont en interdépendance. Vue la relativité du concept d’indépendance, de fait fort peu approprié aux acteurs culturels, (…) la question de l’autonomie, (…) recouvre le fait de se gouverner par ses propres lois. Une notion que l’on peut considérer comme une étape vers l’indépendance. Ainsi pour reprendre Simondon « l’autonomie existe avant l’indépendance, elle est la possibilité de fonctionner suivant un processus de résonnance interne […] et créer l’indépendance.»

« L’autonomie (…) se définit comme la capacité par les agents d’un champ à définir par eux-mêmes, sans que cela leur soit imposé par d’autres, ou bien au nom d’intérêts extérieurs, leurs activités, les critères qui les définissent et à maîtriser leurs conditions de production (…) Affirmer la nécessité de l’autonomie de l’art, c’est affirmer la nécessité que les normes et valeurs qui définissent l’art et l’activité de production artistique ne peuvent provenir d’intérêts externes: économiques, sociaux, politiques, médiatiques. (…) L’autonomie présuppose la capacité de s’affranchir des règles dominantes, convenues, de représentation du monde pour pouvoir définir par soi-même ce qui est art et comment ses productions se jugent, se confrontent entre elles et avec les publics. (…) cet affranchissement ne règle pas plusieurs questions essentielles : son rapport à l’histoire, sa responsabilité sociale, politique, économique… Mais l’autonomie artistique est la condition préalable -le fondement- pour répondre à ces questions. Cela signifie qu’il revient à chaque artiste d’articuler par lui- même autonomie et responsabilité, au sein même de sa démarche artistique singulière. Affirmer le primat de l’autonomie artistique suppose deux choses : d’une part, poser l’art comme exigence du développement social et humain (dans le cadre de l’intérêt général : c’est un choix relevant des forces politiques), d’autre part, affirmer que l’art est une démarche singulière. (…) La singularité est présentée comme un danger par le néolibéralisme, car elle présuppose qu’un individu ait la capacité personnelle d’identifier ses propres enjeux, sur la base desquels il affirme son autonomie, sur tous les plans : politiques, sociaux,… comme artistiques. À l’inverse, le néolibéralisme, en construisant l’image de l’autre comme un concurrent dans la lutte pour la survie, impose la concurrence permanente comme mode de rapport social et constitue chacun en personne isolée, séparée, livrée aux aléas des rapports de force, dépendances et subordinations d’un ordre qui le domine. »

Une économie « ternaire » qui reste éminemment précaire

 » Cet adjectif renvoie à la conception plurielle de l’économie où interagissent constamment entre elles des logiques de marché, de redistribution et de réciprocité. À la suite de Karl Polanyi, la sociologie économique contemporaine propose une approche substantive de la façon dont les hommes produisent et échangent des biens et des services, où trois modes doivent être simultanément considérés (le marché, la redistribution, la réciprocité), leur interaction permanente conduisant à une appréhension nécessairement plurielle de l’économie. »
« La concentration des subventions sur les établissements labellisés par le ministère de la Culture renforce leur pouvoir de marché à l’égard des compagnies, mises en concurrence par ce processus de fragmentation de la production artistique. » « les ventes de spectacles occupent le premier rang dans les revenus monétaires des compagnies, les subventions publiques n’apparaissant qu’au second rang. »

 » (…) Les compagnies développent donc leur activité dans un contexte hautement concurrentiel. Mais les recettes propres qu’elles tirent de la vente de leurs prestations reposent, pour l’essentiel, sur des établissements culturels dont les ressources sont elles-mêmes largement dépendantes de fonds publics. »  » Ces compagnies indiquent ainsi disposer, selon elles, d’une marge d’indépendance réelle, mais aussi limitée, dans l’organisation de manifestations commandées par les pouvoirs publics ou les établissements culturels ou scolaires. Cette déclaration identitaire mixte est le plus souvent avancée par les compagnies « régionales » (46,6%) et le moins par les troupes « excentrées » (21,7%).
 » Un débat récurrent porte sur les risques d’instrumentalisation politique et sociale des artistes à des fins d’animation de la vie urbaine de quartiers centraux et de retissage des liens sociaux distendus dans les espaces plus périphériques. Un enjeu important pour beaucoup de compagnies est de transformer les représentations des donneurs d’ordre sur leurs attentes en termes de régulation du lien social et de leur faire prendre conscience de la valeur spécifique de leurs gestes artistiques…. La modification des relations avec les donneurs d’ordre passe d’abord par une coproduction de la définition des actions à mettre en place à partir des souhaits initialement formulés. « 

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