Paris, le vendredi 26 mars 2021

La lettre de mission de M. Gauron n'envisage à aucun moment la prolongation de l'année blanche. Tout au plus il est proposé de s'appuyer sur la clause de rattrapage (qui est activable selon des conditions d'ancienneté et de volume d'activité dans les années précédentes).

Des dizaines de milliers d'intermittents, et tout particulièrement des artistes, risquent de ne pas avoir les 507h au 31 août. Ils vont basculer au RSA. Le risque pour nos structures est que des salarié·e·s quittent le milieu pour devoir aller travailler ailleurs.

Parce que les faits sont bien plus parlants que d'éventuelles réflexions théoriques, nous vous présentons une situation concrète.

Une compagnie a produit un spectacle pour 8 artistes au plateau, pour un budget de production de 200 000 € dont 80 000 € restent à amortir.
Trois des artistes engagés dans cette production ne renouvelleront pas leurs droits au 31 août 2021. La grande précarité engendrée par cette situation va les amener soit à changer de métier, soit à multiplier les contrats (si tant est que ce soit possible), réduisant d'autant leur disponibilité pour le projet initial.
La production de spectacles contemporains - quelle qu'en soit l'esthétique - ne permet pas de faire autant de reprises de rôles (trop cher, trop complexe).
Le spectacle devra s'arrêter. La compagnie accusera une perte de 80.000 € et sera dans l'impossibilité de donner du travail aux cinq artistes restants.
Les dettes auprès des banques ou de divers prêteurs et l'absence de reconstitution de fonds propres ne lui permettront pas, ou très difficilement, de relancer une nouvelle production.
Concrètement, par effet domino, la compagnie risque la cessation d'activité. Les cinq artistes et le personnel administratif et technique liés à cette même production risquent à leur tour d'en subir les conséquences dans l'année qui vient.

Nous ne vendons que le savoir-faire de nos salarié·e·s. Nous en sommes dépendants.
Nos compagnies adhérentes n'aiment pas particulièrement l'intermittence, pas plus que leurs salarié·e·s. Nous aimerions pouvoir proposer des contrats longs, sauf que dans l'économie actuelle du spectacle vivant , ce modèle économique n'est pas tenable car les montants des cessions seraient trop chères.
Le constat est là : même les CDN n'ont pratiquement pas d'artistes permanents. Les seuls qui réussissent à avoir ce modèle sont ultra-subventionnés (opéra). Même les théâtres privés ne proposent que des contrats plus longs mais n'ont pas d'artistes permanents, avec une exception pour certains cabarets, figures du tourisme.

L'intermittence est un modèle que nous aussi, employeurs responsables du spectacle vivant, subissons. Mais c'est un modèle qui permet à la France d'avoir une diversité artistique incroyable et d'avoir donné naissance à des genres artistiques qui ont essaimé partout dans le monde, comme le cirque de création.
Grâce à l'intermittence, notre petit pays joue dans la cour des grands sur le plan artistique.

Il apparait à nos organisations que pour préserver une diversité artistique, une diversité de projets et d'échelles, il est absolument indispensable de protéger les salarié·e·s d'une précarité qui serait absolument dévastatrice.

L'ensemble du spectacle vivant s'accorde sur le fait que si cette crise s'arrêtait d'ici à début juin, les conséquences sur la diffusion et la production des spectacles se fera ressentir jusqu'au terme de la saison 2023-2024, a minima.
Si ce qui est pressenti, à savoir une saison d'été fortement dégradée, devait se confirmer, alors ce serait encore des conséquences sur une saison de plus, avec un espoir de retrouver des rythmes de diffusion et de production classiques au terme de la saison 2025.

Il est dans tous les cas dès à présent confirmé que nous ne retrouverons pas une diffusion dans des conditions satisfaisantes lors de la saison prochaine (2021-2022). Toutes nos productions 2019, 2020 et 2021 sont fortement perturbées. Nos entreprises doivent faire des choix difficiles sur la poursuite d'exploitation de certains spectacles, sur la production de nouveaux formats, sur les conditions d'emplois de l'ensemble de nos salarié·e·s, permanents comme intermittents.

Nous savons que pour ceux qui auront les heures pour renouveler au 31 août 2021, leur montant d'indemnisation sera fortement dégradé. Nous connaissons la difficulté de leur situation présente et future. Nous connaissons leurs difficultés à faire face aux charges du quotidien avec des revenus souvent divisés par deux. Nous entendons leurs questions sur l'avenir de nos entreprises et notre capacité à leur fournir du travail.

Ne pas renouveler le dispositif dit "Année blanche" permettant une poursuite d'indemnisation décente fragiliserait nombre de salarié·e·s et entrainerait des conséquences absolument catastrophiques pour nos entreprises.

Le SCC et le SYNAVI

Télécharger la lettre ouverte ASSURANCE CHÔMAGE - ANNEXES 8 ET 10 POINT DE VUE D'ORGANISATIONS D'EMPLOYEURS