En réponse à la feuille de route sur la question de la parité dans la culture de la ministre Françoise Nyssen

Lyon, le 5 mars 2018

Depuis 2005, les gouvernements qui se succèdent montrent du doigt le manque de parité en général et dans le monde de la culture en particulier. Malgré les nombreuses déclarations et tentatives de mesures en faveur de l'égalité, la situation, loin d'avancer, régresse, comme le montrent les différents rapports sur le sujet, depuis celui de Reine Prat en 2006 jusqu'aux conclusions du rapport du Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes de 2017.

Comme l'avait déjà souligné au début de son mandat Aurélie Filippetti en 2013 : « Le constat est sévère : dans les institutions culturelles, même si une prise de conscience commence à se faire jour et que les femmes artistes en particulier multiplient les interventions, la situation leur est défavorable. »

Le manque de reconnaissance, l'impossibilité d’une évolution de carrière, la quasi invisibilité médiatique sont des injustices inacceptables. Rappelons que 97% des groupes programmés par les grands festivals de musique sont composés exclusivement ou majoritairement d’hommes, que moins d’un artiste sur quatre exposé dans un Fonds Régional d’Art Contemporain (FRAC) est une femme, que seulement 17% des théâtres nationaux sont dirigés par des femmes, qu’elles sont autrices de 21% des spectacles programmés et qu’elles ne constituent que 12% des récompenses aux Molières, en tant qu’autrices ou metteures en scène.

Aussi, comme vient de le promettre Mme Nyssen, ministre de la Culture, leur confier autant qu'aux hommes les postes de direction des centres dramatiques nationaux, des orchestres, des établissements phares pilotés par l'État, sera une bonne façon de légitimer le travail de toutes ces femmes qui œuvrent depuis longtemps dans l'ombre.

Mais nous tenons à préciser que ces propositions ne doivent pas se limiter à placer des jeunes dans le circuit mais bien corriger et réparer des parcours meurtris par tant d'indifférences et voire « de mépris » qui sont un réel déni de démocratie.

Aujourd'hui, si nous tenons à saluer les mesures annoncées par la ministre en faveur des femmes dans le monde de la « culture publique », nous tenons aussi à souligner que le temps des rapports et des annonces est passé.

Nous savons maintenant que la situation est grave, qu'elle touche le monde du travail dans son ensemble, symptomatique d'une société structurellement sexiste qui enferme encore les femmes dans des rôles subalternes.

Nous nous joignons à Mme Nyssen dans son désir de faire du milieu culturel un exemple pour les autres champs de la société.

Parce que la culture se doit, en tant qu'activité consciente et volontaire, d'aider la société à progresser, à sortir de ses représentations sexuées venue d'autres âges, plus que jamais, nous devons être présent.e.s sur le terrain : nous devons être acteurs et actrices de ces changements annoncés. Et à chaque moment, à chaque rencontre, à chaque réunion, à chaque création, nous devons nous-mêmes nous questionner sur nos façons de fonctionner pour bouleverser en profondeur les représentations de « l'homme » et de « la femme ».

Oui, Madame la Ministre, « il est des domaines dans lesquels nous ne pouvons pas attendre que les choses changent d’elles-mêmes ».

Alors battons-nous pour une parité réelle et effective !

Commission Parité du SYNAVI