Publiée en édito de la newsletter aux adhérents, lundi 30 juin 2025
Les élu.e.s et adhérents du SYNAVI se sont réunis à la Fonderie, au Mans le 5 juin pour une journée d’étude et de construction collective. Ils et elles étaient plus de 35 à travailler en forum ouvert à partir de « motions » élaborées par des délégations du SYNAVI. La fin d’après-midi a ouvert un espace de débat avec des élu.e.s de l’opposition régionale des Pays de la Loire et des techniciens du département de la Sarthe.
Cette déclaration est le fruit de cette dynamique collective.
Préambule
Réuni·es au Mans, nous adhérents du Syndicat National des Arts Vivants (SYNAVI), affirmons collectivement qu’une société n’est pas la somme des individus et individues qui la composent. Elle est un partage de règles, de valeurs, d’idéaux, d’utopies ; elle est la somme des liens qui unissent les individus et les individues entre elles et eux. Elle est cet endroit commun qui permet à chacun et chacune d’exprimer sa singularité au sein d’une communauté. C’est dans cet espace commun que les arts et la culture doivent être protégés pour que chacun et chacune ait un accès réel à la pratique et à la vie culturelle qu’il et elle souhaite. Nos services publics traversent une crise profonde dont les causes sont multiples mais nous affirmons que l’idée de service public, l’idée de communs sont consubstantielles à l’existence même d’une société libre, égalitaire et fraternelle.
Réuni·es au Mans, nous adhérents du Syndicat National des Arts Vivants (SYNAVI), affirmons collectivement que, malgré son poids économique majeur en France, la culture ne peut être pensée uniquement comme un secteur d’activité soumis aux logiques de marché.
En Pays de la Loire, les attaques portées contre le spectacle vivant indépendant, la diversité artistique et la liberté de création révèlent une offensive plus large contre l’intérêt général, les droits culturels et le pluralisme démocratique.
Force est de constater que notre secteur et les forces attachées à ces valeurs peinent à endiguer ce phénomène. Le récit de l’accès à une “culture émancipatrice” ne suffit plus.
Face à cela, nous portons un appel collectif à la construction d’un nouveau récit culturel, fondé sur la démocratie, la reconnaissance des multiples voix qui font société et sur le caractère résolument indispensable, essentiel et constitutif de la construction humaine, du champ artistique et culturel.
Des territoires qui résistent et inventent
En Sarthe comme ailleurs, les forces vives du territoire — compagnies artistiques, lieux indépendants, associations citoyennes, habitant.e.s de communes rurales, collectivités engagées — montrent qu’il est possible de résister et d’expérimenter.
Des initiatives concrètes (convergences citoyennes, caravanes culturelles, bric-à-brac démocratique, recueils de témoignages…) révèlent la vitalité d’une culture de terrain, inventive et profondément ancrée dans le quotidien des habitant·es.
Nous affirmons que :
- La culture se construit au sein des territoires, dans la diversité des formats et des espaces de travail, qu’ils soient fixes, mobiles, temporaires ou partagés ;
- L’infusion artistique doit être pleinement reconnue comme un acte de création à part entière, au croisement de l’art, du social, de l’écologique et de l’éducation ;
- Les équipes artistiques sont aussi des passeuses de récits, au service d’une imagination collective renouvelée, qui nous relient.
Pour une Convention Citoyenne de la Culture
Nous appelons à l’organisation d’une Convention citoyenne de la culture, véritable espace démocratique réunissant des citoyen·nes, artistes, technicien.nes, administrateur.trices, syndicats, associations, élu·es, chercheur·es et acteur·ices de la société civile.
Son objectif serait de :
- Refonder collectivement les principes d’une politique culturelle contribuant à permettre à tous les habitant.e.s de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix.
- Porter une réflexion intergénérationnelle, interprofessionnelle et intersectorielle.
- Explorer de nouveaux modèles socio-économiques (sécurité sociale de la culture, coopératives artistiques, financements solidaires et éthiques).
- Affirmer que les droits culturels doivent être reconnus avec la même exigence que les droits sociaux, économiques et environnementaux.
Construire un nouveau récit collectif
Nous affirmons qu’il est urgent d’interroger les héritages épuisés d’une culture pensée de façon descendante, patriarcale, patrimoniale et centralisée.
Le récit que nous portons est :
- Celui de la pluralité des formes artistiques, des récits multiples, des diversités culturelles et sociales ;
- Celui d’une démocratie culturelle vivante, qui donne à chacun·e la capacité d’agir, de créer, de participer ;
- Celui d’une résistance joyeuse aux logiques autoritaires, discriminatoires et d’instrumentalisation de la création.
Nous nous engageons aussi sur un travail de fond dont les premiers jalons ont été posés au Mans : aujourd’hui les idéologies réactionnaires se développent partout en Europe et dans le Monde, la démocratie (que nous partageons toutes et tous) dans laquelle nous avons grandi et que nous pensions devenue immuable, est menacée à court terme et dans des proportions totalement inimaginables il y a encore quelques années.
Les arts et la culture sont ce qui nous rend humain. Nous devons contribuer à construire un autre récit, un récit humaniste pour s’opposer à cette vague qui monte.
Nous appelons toutes les forces attachées à la liberté de création, aux droits culturels et à l’intérêt général à s’en saisir, à le prolonger et à l’amplifier.